Autoportrait sans indulgence

Autoportrait sans indulgence

Autoportrait sans indulgence, 1969 « Pauvre imbécile qui es vraiment pauvre et complètement imbécile. J’ai bien le droit de te plaindre puisque tu n’as fait que surgir de la profondeur d’un miroir. Si tu avais une vie de chair et de sang, comme moi, j’aurais peur de te parler. J’ai quand même peur de toi qui me regardes avec un air que je connais. Tu n’es fait que d’un peu d’huile et de pigments colorés : pourquoi fais-tu semblant de ne pas me regarder ? J’ai trop « dialogué » avec toi : tu sais bien que je ne suis pas à la hauteur de ta mystérieuse existence. Démiurge… tu sais trop bien que je ne le suis pas. Tu m’as fait – les rôles sont inversés – je ne saurai jamais identifier ta figure, ou la mienne, ou celle de notre Dieu. Ce n’est pas par anthropomorphisme que je te donne la parole : tu sais trop bien que je ne peux rien te donner. Mais toi ? mon ami à qui j’ai fait mal, sauras-tu un jour me regarder, m’aimer ? Tu sais trop bien que j’ai besoin de ton amour – mon vieil ami. Cesse de faire semblant de ne pas me voir. Tu me connais par cœur et je t’ennuie. Tu ne peux pas me regarder puisque je t’ai peint avec un regard d’« ailleurs ». Crois-tu que nos deux regards puissent un jour se croiser « ailleurs » : là dont tu sors – là où je vais ? Si nous étions vraiment des amis ? Maintenant tu as une vie indépendante de la mienne. Alors, essaye…sois gentil et ne te casse pas la gueule comme le pauvre peintre qui a commis l’erreur de te donner une vie sur du papier. » Guy de Montlaur, « A propos d’un autoportrait peint le 28/1/69 »\

Cette dernière invective du peintre envers son double fait « d’huile et de pigments colorés » prend une dimension encore plus remarquable aujourd’hui, plus de cinquante ans plus tard. Ce dernier a en effet voyagé à travers des régions du monde dans lesquelles son créateur ne s’était jamais rendu. Poursuivant désormais sa propre route, ce visage intrigue un public toujours plus nombreux qui imagine ce qu’il tente de nous dire.