J’ai envie de crier : “Mais regardez donc ! Regardez le mystère ! Il vous crève les yeux !”
Et personne ne voit. Personne que moi.
Les gens voient des couleurs, des ombres, des lumières, des formes. Ils voient (que sais-je ?) peut-être la toile et les clous du châssis. Et moi, je ne comprends pas qu’ils ne puissent deviner toute la détresse qui est là, sous les yeux, comme elle était à la guerre : la clameur, la mort, l’amour, la trahison, le mensonge et la peur. Et beaucoup plus encore que je ne puis dire, mais que je sais faire.
Je dis bien : je sais faire.
| Date | Lieu et description |
|---|---|
2026 |
Journées Européennes du Patrimoine - 19 et 20 septembre 2026 Cathédrale de Maguelone 34750 Villeneuve-lès-Maguelone
Mater Dei février 1963 huile sur toile 73 x 60 |
Pour exposer les peintures de Guy de Montlaur : contactez-nous.
Du grec ancien gnosis, “connaissance”, la gnose est une approche philosophique et religieuse par laquelle l’être humain cherche à connaître l’entière vérité enfouie en lui, étincelle de lumière divine qui éclairera la totalité de l’existence. Tout membre de l’humanité peut percevoir Dieu en lui, devenir ainsi Lumière, et ultimement entrer dans la vie éternelle du royaume divin. Pour cela, il lui faut non seulement se connaître, mais aussi se dépouiller de ses certitudes, croyances et illusions avant de pouvoir atteindre la vérité sise tout aux confins de la matière. Cette compréhension ne peut venir que de l’intérieur, par une révélation intime, une illumination qui transcende toutes les illusions. Le tableau “Gnose”, de mars 1960, est de format “Portrait”, semblant renforcer l’idée de verticalité ascendante du titre. Les couleurs sombres du bas du tableau explosent en rouges et jaunes à mi-parcours comme pour illustrer les luttes ardues contre les illusions personnelles pour ensuite s’élever plus sereinement vers l’amour divin.

Les Byzantins tentèrent de dépeindre cette idée d’ascendance de l’humain vers le divin, le long d’une échelle, comme L’Échelle de l’Ascension divine [1] au Monastère de Ste Catherine (Sinaï, Égypte),

ou celle du Rêve de Jacob [2] à l’Église de Ste Sophie (Ohrid, Macédoine).

Raphaël dont ce fut la dernière œuvre (1520), a peint La Transfiguration du Christ [3] avec un élan semblable. Véritable testament spirituel, le tableau nous montre la figure du Christ s’élevant de la noirceur des difficultés terrestres humaines pour atteindre l’éclatante luminosité divine.
Montlaur avait certainement en tête les « Gnossiennes » d’Erik Satie qu’il lui arrivait d’écouter lorsqu’il peignait. Il avait une grande admiration pour l’œuvre de Satie, l’ami d’Apollinaire. « Gnose » - la peinture - a été réalisée en deux fois, commencée en 1960, terminée en 1974. On reconnaît bien le geste très dynamique de ses années 1960, la finition, elle, apporte une richesse chromatique que l’on retrouve dans toutes ses peintures des dernières années. Pour Montlaur, la connaissance du plus profond de soi, n’a été rendue possible, ironiquement, que par l’éclatement de sa boîte crânienne; la gnose est devenue autopsie. On aperçoit le contour blanc de la tête et du cou et l’éclat d’obus, carré, noir, qui pénétra dans la joue droite du commando Montlaur le matin du 1er novembre 1944, lors du débarquement allié de Flessingue en Hollande. Cette blessure le fit souffrir toute sa vie, des fragments de métal ayant envahi les sinus et les yeux du peintre.
Ecoutez les « Gnossiennes »
Publié le 10/08/2026 par Michael — Divers
Aujourd’hui, 10 août 2026, cela fait 49 ans, au matin, j’étais avec lui à l’hôpital de Garches et je me demandais combien durerait l’agonie.
C’est le dernier mot de lui dont je me souviens.
Aujourd’hui je dois écrire un texte sur cette peinture qui ne plaira qu’à ceux qui la connaîtront déjà. Déjà, ça fait longtemps que je les connais toutes sans les connaître. C’est comme si je connaissais l’infini, ou rien.
Et le soir, car dans l’attente il faut bien continuer comme si… Le soir je festoyais avec de bons amis quand la nouvelle me surprit. Je le connaissais depuis déjà 25 ans et sa peinture me plaisait, déjà.
Bon voilà, mon texte est fait.
Déjà ?
Et il me plait.
C’est déjà ça.