Peintre du XXe siècle

Auto-portrait sans indulgence
Auto-portrait sans indulgence
huile, 36cm × 29cm
1969

À propos de Guy de Montlaur

J’ai envie de crier : “Mais regardez donc ! Regardez le mystère ! Il vous crève les yeux !”

Et personne ne voit. Personne que moi.

Les gens voient des couleurs, des ombres, des lumières, des formes. Ils voient (que sais-je ?) peut-être la toile et les clous du châssis. Et moi, je ne comprends pas qu’ils ne puissent deviner toute la détresse qui est là, sous les yeux, comme elle était à la guerre : la clameur, la mort, l’amour, la trahison, le mensonge et la peur. Et beaucoup plus encore que je ne puis dire, mais que je sais faire.

Je dis bien : je sais faire.

Exposition virtuelle Lire sa biographie Plus sur Wikipedia

Expositions en cours

Date Lieu et description

2026

Journées Européennes du Patrimoine - 19 et 20 septembre 2026

Cathédrale de Maguelone

34750 Villeneuve-lès-Maguelone

Mater Dei février 1963 huile sur toile 73 x 60

Pour exposer les peintures de Guy de Montlaur : contactez-nous.

Expositions passées

Pegasus before landing
Pegasus before landing
huile, 81cm × 65cm
Fontainebleau, 1956

Sélection

Hommage à Kandinsky
Hommage à Kandinsky
195 cm × 114 cm
Nice
Sans titre
Sans titre
65 cm × 100 cm
Fontainebleau 1950
L’espoir a fui
L’espoir a fui
92.5 cm × 60 cm
Paris 1960
Souvenir normand
Souvenir normand
46 cm × 55 cm
1972

Découvrir sa peinture

Exposition virtuelle

Alcools
Alcools
Huile sur toile sur carton, 49 cm x 68 cm
Waccabuc, NY, USA, juin 1947

Alcools

Ce tableau est dédié à l’œuvre éponyme de Guillaume Apollinaire. Le livre Alcools accompagna Montlaur lors du débarquement, il prit même l’eau sur la plage de Colleville-sur-Orne, au petit matin du 6 juin 1944.

Montlaur fait très souvent référence à son poète préféré, comme l’attestent les titres de ses peintures : Ma Désirade, La licorne et le capricorne, Automne, On a brûlé les ruches blanches. Apollinaire avait été poète et soldat comme Montlaur, une guerre mondiale plus tard, fut peintre et soldat. Tous les deux furent blessés à la tête et souffrirent de leur blessure. Alcools fut une des premières œuvres de Guy de Montlaur exposées : en mars 1949 à la Galerie Lucienne-Léonce Rosenberg, à Paris.

Voir l’exposition virtuelle

Sur le Blog

La couleur de la douleur

La couleur de la douleur

Un artiste peut exprimer la douleur physique ou morale par le dessin de formes ou attitudes pathétiques. Voyez les Pieta et descentes de croix de l’art religieux occidental. Mais dans les œuvres du peintre de qui on va parler, elle s’exprime par la couleur même.

 Guy de Villardi de Montlaur était second maître dans les commandos de marine français qui participèrent avec l’armée anglaise au débarquement de Normandie en 1944. Dès la plage, il reçut dans la figure un projectile qui n’arrêta pas son élan, puisqu’il devait remplacer successivement ses chefs jusqu’au capitaine. Mais la blessure allait déterminer une infection interminable des os de la face. Tout le monde sait ce qu’est une rage de dents. Durant les 33 ans qui suivirent, il souffrit d’une sorte de rage de dents, qui montait capricieusement mais chaque jour au registre aigu. Néanmoins il s’employa à peindre. Il devait mourir en 1977. D’autres auraient pu, tout ce temps-là, songer à se dorloter par compensation, autant qu’ils en gardaient la latitude. Mais lui non. Il essaya de dominer la douleur par la surexcitation de sortir ce qui était en lui.

Cela implique un certain mérite. Car en principe, pour peindre, il est recommandé d’avoir la paix ou, du moins la tranquillité. Et cependant beaucoup, parmi les plus forts, n’ont pas eu ces avantages, tel Van Gogh qui n’a cessé de lutter contre l’angoisse métaphysique, d’abord, puis contre la débandade psychique.

 La vie actuelle prodigue les occasions de croire que notre époque est une des nombreuses manifestations du phénomène nommé décadence, qui se constate périodiquement au long de l’Histoire. Les cas de surpassement permettent alors aux personnes bien intentionnées mais banales de croire à un avenir. Quand on a connaissance de l’un d’entre eux, il faut le dire.

 Guy de Montlaur, que je n’ai rencontré qu’une fois, peu avant sa mort, m’est apparu comme un homme de taille moyenne, aux cheveux courts et gris. La physionomie était froide, mécontente même. Cela se passait au cours d’une de ces cérémonies parisiennes qu’on appelle “signature de livres”. Il semblait avoir hâte de s’en aller, ce qui se conçoit, et sans cesse portait le poids de son corps d’une hanche sur l’autre.

 La peinture est une possession de la vie qui s’effectue, en somme, par la prise de conscience d’un reflet de l’extérieur sur l’intérieur de soi. La qualité d’attention employée à cette prise de conscience fait la valeur d’une peinture, qu’elle soit figurative ou le contraire, et au total il n’y a pas d’autre critère.

 Dans l’œuvre évoquée ici, le dessin se consacre à déterminer l’emplacement de tons et leur étendue, les uns par rapport aux autres, en vue d’une harmonie d’ensemble et il se désintéresse des volumes. Rien n’est resté à notre peintre de ses incursions juvéniles dans le cubisme et le surréalisme. Avant la guerre il avait été à l’Académie Julian élève de Souverbie, de qui la production savante et déliée n’a aucun rapport avec celle qui devait être la sienne, laquelle est violente et poignante. Plus tard, il se lia avec Jean Atlan (1913-1960), ex-philosophe et qui trouva, comme on le sait, sa vérité dans la peinture abstraite.

La partie de bras de fer engagée avec la douleur ne pouvait, semble-t-il, que faire de Montlaur naturellement un peintre abstrait. L’art abstrait s’est imposé plus ou moins artificiellement dans tout l’Occident et rarement il a montré ce naturel et cette intensité. Par les tons choisis et par leur dosage, ces peintures-ci font un chant terrible où le sang et la mort se mêlent à de sourds affleurements de bonheurs. Elles ne sont que trop lisibles. 

Montlaur a laissé quelque 600 toiles. Cet ensemble est pratiquement ignoré. Trente-trois d’entre elles sont restées dans un vieil hôtel d’Avignon, qui fait maintenant partie du Musée Calvet. D’autres sont dans une propriété de Normandie. L’une des plus figuratives lui a été inspirée par une radiographie de sa propre face. Sur cette cruelle effigie il a posé des tons, qui sont comme le cri coloré de la douleur dont il avait l’habitude. Cet autoportrait peut cependant se définir comme une peinture abstraite, la radio servant surtout de mise en place, et aucune n’a jamais été plus dramatique. 

Autrefois Emile Bernard et Gauguin, avec plus de solennité que de sérieux avaient postulé que les couleurs ont une capacité de symbole. Ainsi l’orange servirait à exprimer la passion, le bleu la tristesse etc… C’était un peu rejoindre Rimbaud et son sonnet sur les voyelles. Le pauvre Vincent lui-même avait cru devoir emboîter le pas. Ô systèmes ! Ayant pris pour sujet deux amoureux dans la campagne, il va, écrit-il à Théo, les peindre respectivement en vert et en rouge, étant donné que ces deux couleurs sont complémentaires comme leurs sentiments ! 

L’idée n’était cependant pas intégralement bête. C’est qu’en vérité la couleur est un grand mystère. Telle qu’elle est imposée au peintre à partir du fond de lui-même, ou telle qu’il va en cueillir des éléments parmi le monde extérieur, elle semble être de la substance même de l’être. 

La souffrance et la tension pour réagir empêchaient Montlaur de se montrer sociable, bien qu’à part soi il le fût essentiellement, en raison de l’importance qu’il attribuait aux êtres et qui se voyait au cours des répits espacés qui lui étaient laissés. 

Il était né en 1918 dans une de ces anciennes familles du Comtat Venaissin venues d’Italie à la suite des Papes. Mais sa mère était brésilienne. Il était croyant et enclin au mysticisme. Ces détails ne sont nullement indifférents. Il faudrait pouvoir dire, bien que ce ne soit pas toujours aisé, en quelles profondeurs les créateurs vont pêcher leurs mobiles. Nos contemporains ont été tellement malaxés et emmouflés par toutes les propagandes de l’ingratitude que la plupart ne sont plus à même de sentir la présence des ancêtres. Il est pourtant clair qu’ils ont joué leur rôle dans cette destinée. Le débarquement et l’œuvre qui a suivi y ont assuré l’humilité et l’orgueil de la gloire. Car en dépit de l’opinion la plus courante, la gloire ne consiste pas à être traité avec considération par un grand nombre de gens qui n’en méritent pas, ni à faire son numéro dans Paris en jouant les affranchis. Elle est, sans doute, dans le souvenir personnel de certaines actions accomplies avec ingénuité. Souvent celles-ci ont été payées par le corps. C’est ce que l’histoire des arts et lettres, sans parler de l’histoire militaire, montre bien. 

 

Roger GLACHANT

 

Roger Glachant, né en 1905, était chartiste et historien archiviste paléographe. Conservateur en chef des archives du ministère des Affaires Etrangères. Il fut l’auteur d’un « Suffren » publié en 1976 et couronné par l’Académie Française

Lire la suite

Voir tous les billets