Rétrospective

Actus Tragicus
Actus Tragicus
Huile sur toile, 92 cm x 60 cm
Paris,

Actus Tragicus

Montlaur peignait toujours en musique et la plupart du temps, il écoutait Jean-Sébastien Bach. Le titre de la peinture est celui de la cantate BWV 106 « Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit » (Le temps de Dieu est le meilleur des temps), une œuvre courte composée lorsque Bach avait environ 23 ans. Le thème est celui de la mort qui arrive au moment choisi par Dieu. Les flûtes à bec sont particulièrement émouvantes. Les voix consolent mais demeurent d’une grande tristesse.

Est-ce le mort que l’on distingue, ombre noire d’une tête derrière un rideau de larmes grises et blanches qui coulent abondamment ? On aperçoit une lumière au centre du tableau : lueur d’espoir et de confiance qu’est la mort ouvrant la voie au paradis, donc au bonheur.

Pour écouter Actus Tragicus

Arma virumque cano
Arma virumque cano
Huile sur toile, 92 cm x 73 cm
Paris, 12/1975

Arma virumque cano

Montlaur reprend le premier vers de l’Énéide pour expliquer le sujet de sa peinture : il chante les faits d’arme du héros et son parcours après la guerre. Il n’y a pas, dans cette évocation, toute l’horreur du souvenir, pas de sang, peu de noir. Les couleurs, ici sont très inhabituelles, claires et vives et contrastent avec le brouillard vert et bleu du paysage. Au point focal e la peinture, on aperçoit une structure d’un jaune vif, solaire qui pourrait représenter Lavium, fondée par Énée l’ancêtre des jumeaux fondateurs de Rome.

Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris
Italiam, fato profugus, Laviniaque venit
litora, multum ille et terris iactatus et alto
vi superum saevae memorem Iunonis ob iram;
multa quoque et bello passus, dum conderet urbem,
inferretque deos Latio, genus unde Latinum,
Albanique patres, atque altae moenia Romae.

(Publii Vergili Maronis, Aeneidos liber primus, 1-7)

Je chante les combats, et ce héros, qui, longtemps jouet du Destin, aborda le premier des champs de Troie aux plaines d’Italus, aux rivages de Lavinie. Objet de la rigueur du Ciel et du long courroux de l’altière Junon, mille dangers l’assaillirent sur la terre et sur l’onde ; mille hasards éprouvèrent sa valeur, avant qu’il pût fonder son nouvel empire, et reposer enfin ses dieux au sein du Latium : du Latium, noble berceau des Latins, des monarques d’Albe, et de la superbe Rome.

(Virgile, Énéide, Chant 1-7)

(Traduction J.N.M. de Guerle., Delalain, 1825)

Ma Désirade
Ma Désirade
Huile sur toile, 60 cm x 92 cm
Paris,

Ma Désirade

Incroyablement beau poème de Guillaume Apollinaire sur un amour passé. Le tableau laisse voir à travers un hublot la rade, les côtes de l’île pleurée ou peut-être la silhouette de la femme aimée ?

Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses

Regrets des yeux de la putain
Et belle comme une panthère
Amours vos baisers florentins
Avaient une saveur amère
Qui a rebuté nos destins

Ses regards laissaient une traîne
D’étoiles dans les soirs tremblants
Dans ses yeux nageaient les sirènes
Et nos baisers mordus sanglants
Faisaient pleurer nos fées marraines

Mais en vérité je l’attends
Avec mon cœur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t’en
Si jamais reviens cette femme
Je lui dirai Je suis content

Mon cœur et ma tête se vident
Tout le ciel s’écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide

Je ne veux jamais l’oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier

(Alcools, La chanson du Mal-Aimé)

La terre est bleue comme une orange
La terre est bleue comme une orange
Huile sur papier sur isorel, 55 cm x 46 cm
Rothéneuf,

La terre est bleue comme une orange

Cette peinture respire la félicité et le calme que Montlaur retrouvait à Rothéneuf. Voit-on une tête penchée, la tête de l’aimée ? Le ciel breton a pris le bleu des yeux de Gala.

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s’entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d’alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d’indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L’aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

(Paul Eluard, L’amour la poésie, 1929)

Le soleil du détroit de Messine
Le soleil du détroit de Messine
Huile sur toile, 92 cm x 65 cm
Paris,

Le soleil du détroit de Messine

Le peintre devait avoir en tête le choix tragique d’Ulysse qui sacrifia une partie de son équipage en préférant passer à proximité de Scylla plutôt que de Charybde. Le tableau représente bien le héros, debout sur son navire, les violentes vagues du détroit et le soleil rouge et or. Les têtes noires de Scylla arrachent et dévorent les corps de ses compagnons.

L’étoile se lève claire sur un matin sale
L’étoile se lève claire sur un matin sale
Huile sur papier sur bois, 55cm × 46cm
Paris,

L’étoile se lève claire sur un matin sale

Les couleurs sont moins violentes que de coutume, presque pastel ; elles sont appliquées par couches successives qui sont grattées au couteau à palette laissant apparaître d’extraordinaires superpositions. La forme est très construite. On voit l’étoile exploser au milieu de ce tableau et l’inonder de son rayonnement. On sent très bien l’évolution de la technique du peintre durant dans les 10 dernières années de sa vie.

Peinture ambigüe et figurative de Saint Christophe [1er titre], There are Things that it would be far Better not to Know - (Il y a des choses qu'il vaudrait bien mieux ne pas connaître) [2e titre]
Peinture ambigüe et figurative de Saint Christophe [1er titre], There are Things that it would be far Better not to Know - (Il y a des choses qu'il vaudrait bien mieux ne pas connaître) [2e titre]
Huile sur papier sur bois, 55 cm x 46 cm
Paris,

Peinture ambigüe et figurative de Saint Christophe [1er titre], There are Things that it would be far Better not to Know - (Il y a des choses qu'il vaudrait bien mieux ne pas connaître) [2e titre]

On distingue bien, en arrière-plan, la rivière traversée par le saint, la croix derrière lui. La tête ressemble étonnamment à celle du peintre ; celui-ci s’est-il représenté dans le tableau ?

Et pourquoi cette phrase sibylline « There are things that it would be far better not to know » (Il y a des choses qu’il vaudrait bien mieux ne jamais connaître) ? De quoi parle le peintre ? Des souvenirs passés ? Choses indicibles mais représentables sur la toile à condition qu’elles soient ambiguës et abstraites.

La mort dans l’âme
La mort dans l’âme
Huile sur toile, 195 cm x 114 cm
Paris,

La mort dans l’âme

Que de désolation dans cette peinture au titre si explicite ! L’œuvre, elle, laisse place à l’imagination de l’observateur, elle l’impose, même. Est-ce le peintre que l’on voit , debout, les épaules basses ? Le bleu de son dos et ses bras contrastent avec le noir des silhouettes sinistres qui l’entourent. Contraste également avec les toits ocre rouge de la ville, et avec les montagnes, derrière, aux couleurs irréelles.

Facies personae
Facies personae
Huile sur toile, 81 cm x 54 cm
Paris,

Facies personae

« Facies personae» pourrait être traduit par « silhouette d’une personne » ou « masque de personnage » .Nous avons très peu d’éléments qui nous aideraient à bien décrypter cette peinture. Une amie résistante du peintre, Jacqueline Péry d’Alincourt, qui avait été déportée au camp de concentration de Ravensbrück (d’avril 44 à avril 45) et qui avait survécu, lui avait dit qu’elle retrouvait dans cette peinture des fragments de sa mémoire du camp : silhouettes de déportées, cheminée fumante des fours crématoires en haut du tableau. On voit bien sûr, un masque sans vie qui occupe tout le centre du tableau. À noter le fond noir de la scène, sauf le ciel qui est d’un jaune noirci par la fumée issue des fours.

Es war ein wunderlicher krieg - (C'était une étrange guerre)
Es war ein wunderlicher krieg - (C'était une étrange guerre)
Huile sur toile, 65 cm x 81 cm
Paris,

Es war ein wunderlicher krieg - (C'était une étrange guerre)

Le titre donné au tableau est le premier vers de la 5e strophe de la cantate BWV n°4 de Jean-Sebastien Bach « Christ Lag in Todes Banden » (Le Christ gisait dans les liens de la mort). Le musicien y célèbre la victoire de la vie sur la mort au cours d’une guerre étrange. Bach a repris un texte écrit par Martin Luther en 1524.

Le peintre-soldat, inspiré par l’œuvre musicale, reproduit sur la toile la scène de guerre, sa guerre, il peint le combat au corps à corps des forces du bien – formes bleues – contre celles du mal – noires – au milieu des flammes vermillon.

Le texte de la 5e strophe de la cantate est le suivant :

Es war ein wunderlicher Krieg,
Da Tod und Leben rungen,
Das Leben behielt den Sieg,
Es hat den Tod verschlungen.
Die Schrift hat verkündigt das,
Wie ein Tod den andern fraß,
Ein Spott aus dem Tod ist worden.
Halleluja!

Ce fut une étrange guerre
Qui opposa la mort à la vie,
La vie a remporté la victoire,
Elle a anéanti la mort.
L’écriture a annoncé
Comment une mort supprima l’autre,
La mort est devenue une dérision.
Alléluia !

Pour écouter Es war ein wunderlicher Krieg

Souvenir normand
Souvenir normand
Huile sur papier sur bois, 46 cm x 55 cm
Rothéneuf,

Souvenir normand

Le tableau reproduit la journée du 6 juin 1944 quand Montlaur, le commando, débarqua sur les terres françaises, à Colleville-sur-Orne (maintenant Colleville-Montgomery). On ne voit que fulgurances, explosions, éclats de métal noir et de sang. Voilà comment Montlaur, le peintre, se rappelle la Normandie du débarquement, 28 ans plus tard.

Cosmogonie pratique
Cosmogonie pratique
Huile sur toile, 73 cm x 92 cm
Paris,

Cosmogonie pratique

Version montlaurienne de la création du monde. À noter l’étoile qui nait de la terre sous un ciel radieux.

Pseudo-métabolisme
Pseudo-métabolisme
Huile sur papier sur bois, 38 cm x 46 cm
Paris,

Pseudo-métabolisme

Le peintre se sent-il atteint d’une affection qu’il ne maîtrise pas ? On apperçoit au centre de la peinture une forme noire englobant, écrasant un cœur écarlate. Peut-on interpréter ceci comme les souvenirs de guerre (l’information ou le « matériau » au sens de Fritz Perls, fondateur de la gestalt thérapie) qui ne sont pas assimilés (« métabolisés ») et sont projetés sous forme d’agressivité ? J’imagine que Montlaur a pu discuter de Perls avec son ami le professeur André-Dominique Nenna, médecin et collectionneur, grand amateur de peinture, celle de Montlaur en particulier.

Anchise
Anchise
Huile sur toile, 116 cm x 89 cm
Paris,

Anchise

Énée porte son père Anchise pour s’échapper de Troie en flammes. On peut imaginer Énée en bleu portant le massif Anchise, en blanc et noir. Le ciel est rougi par l’incendie de la ville.

Je vous demande pardon, ma Mère Courage
Je vous demande pardon, ma Mère Courage
Huile sur papier sur bois, 38 cm x 55 cm
Dinard,

Je vous demande pardon, ma Mère Courage

C’est un paysage de tempête et de malheur. Le sol est noir, marqué par le feu. La mère – forme noire – tient sa fille morte – forme blanche aux cheveux roux – dans ses bras.

Le peintre s’identifie aux soldats meurtriers et réclame son pardon à la mère.

L'abbaye de Thélème
L'abbaye de Thélème
Huile sur isorel, 55 cm x 38 cm
Paris,

L'abbaye de Thélème

« Le bastiment feut en figure exagone, en telle faczon que à chascun angle estoyt bastie une grosse tour ronde à la capacité de soixante pas en diametre, et estoient toutes pareilles en grosseurs et portraict. La riviere de Loyre decoulloyt sus l’aspect de Septentrion. Au pied d’icelle estoyt une des tours assise, nommée Artisse. »

(François Rabelais, Gargantua, édition Mireille Huchon, Paris, Gallimard, 2007, p.459).

L’abbaye occupe le centre d’attraction du tableau. Sa forme est triangulaire plutôt qu’hexagonale, on distingue bien les tours rondes ainsi que la Loire. La peinture est équilibrée et reflète la joie de vivre des moines de l’abbaye.

Hypostase d’un peintre singulier … et peut-être universel
Hypostase d’un peintre singulier … et peut-être universel
Huile sur toile, 73 cm x 54 cm
Paris,

Hypostase d’un peintre singulier … et peut-être universel

Hypostase : (ὑπόστασις) action de se placer (στάσις) en dessous (ὑπό-) = fondement, substance première.

Le peintre est hermétique, comme souvent; parle-t-il de son âme engendrée – ou non – par son intellect ? Croit-il pouvoir atteindre la beauté (… universelle) par le biais de l’abstraction ? Son tableau ne l’est pas moins, hermétique : au premier plan, on aperçoit une silhouette à la chevelure rouge, humble, l’auteur, au-dessus de celle-ci, une autre forme, menaçante et violente, toute de feu et de lumière sous un ciel ténébreux.

Souvenez-vous
Souvenez-vous
Huile sur toile, 61 cm x 46 cm
Paris,

Souvenez-vous

La peinture est forte et sereine. On aperçoit un sphinx, majestueux, puissant et patient. Il est enveloppé de lumière et de feu.

De quoi, de qui faut-il se souvenir ? Que regarde le sphinx ? Nous protège-t-il ?

Du sang sur la route
Du sang sur la route
Huile sur isorel, 61 cm x 38 cm
Dinard,

Du sang sur la route

En août 1966, Montlaur est en vacances en Bretagne. La voiture dont il est passager heurte un jeune garçon sur la route. Montlaur lui porte assistance, il essaie de le rassurer mais le garçon meurt rapidement. Cet épisode tragique va profondément et pour longtemps marquer le peintre. L’horreur du tableau n’a pas besoin d‘être décrite. Le titre dit tout.

On commence à comprendre [1er titre], On n'a jamais rien compris [2e titre]
On commence à comprendre [1er titre], On n'a jamais rien compris [2e titre]
Huile sur isorel, 38 cm x 61 cm
Dinard,

On commence à comprendre [1er titre], On n'a jamais rien compris [2e titre]

Les formes, ici, ne sont plus disposées géométriquement - contrairement aux peintures plus anciennes. On pensait avoir compris, tout est flou maintenant, mais l’harmonie est intacte, les couleurs sont fortes et contrastées. On est en Bretagne, la mer est agitée, bleue et verte, les rochers sont sinistres.

Hommage à Gustave Courbet
Hommage à Gustave Courbet
Huile sur toile, 38 cm x 61 cm
Paris,

Hommage à Gustave Courbet

Comment ne pas voir « L’origine du Monde » dans cette peinture ?

Montlaur avait une grande admiration pour l’œuvre de Gustave Courbet et pour sa participation à la Commune de Paris (18 mars au 28 mai 1871). Il faut rappeler que Courbet fut élu de la Commune et y fut président de la Fédération des Artistes. Il permit, entre autres, la protection des œuvres du Louvre.

Sans titre
Sans titre
Huile sur isorel, 55 cm x 46 cm
Paris,

Sans titre

Le style de Montlaur a évolué : il est plus construit, plus réfléchi. Ici, la peinture est beaucoup moins de violente que précédemment. Les couleurs sont plus pâles et les formes polygonales. Il n’y a plus de glacis pour superposer les couleurs, les couches supérieures sont grattées au couteau à palette pour faire apparaître un spectaculaire jeu de couleurs.

Avant le déluge
Avant le déluge
Huile sur isorel, 55 cm x 46 cm
Paris,

Avant le déluge

Tête d’homme aux cheveux embrasés, ciel noir en feu. La catastrophe arrive !

Le bord de mer
Le bord de mer
Huile sur isorel, 38 cm x 55 cm
Dinard,

Le bord de mer

Peinture un peu figurative de la côte bretonne. On y voit la mer, le sable, un ciel noir parcouru d’oiseaux. Un bateau à voile rouge ?

Portrait de femme
Portrait de femme
Huile sur isorel, 61 cm x 38 cm
Paris ,

Portrait de femme

Magnifique portrait de femme, pleine de vie.

La nuit d’Aurélia
La nuit d’Aurélia
Huile sur toile, 60 cm x 73 cm
Paris,

La nuit d’Aurélia

Montlaur avait une grande admiration pour Gérard de Nerval. Plusieurs peintures font référence à la mort tragique du poète : « La nuit du 25 janvier 1855 rue de la vieille Lanterne » et « La mort du poète », ainsi qu’à ses œuvres écrites juste avant qu’il ne se suicide: « Je suis l’inconsolé », « Les filles du feu » et « La nuit d’Aurélia ».
Le poème en prose « Aurélia ou le rêve et la vie » narre les rêves-hallucinations de Nerval, et son amour pour Aurélia, morte, qu’il ne peut rencontrer qu’aux Enfers. Il dit sa propre folie ce qui, selon Albert Béguin, est un acte poétique par excellence (L’âme romantique et le rêve, José Corti, 1939, p.358). Nerval mentionne traduire ses souvenirs en traçant des dessins coloriés – « séries de fresques » – qu’il accroche sur le mur de sa chambre d’hôpital. La frontière entre rêve (délire) et réalité (lucidité) est toujours floue, incertaine. Montlaur ne pouvait qu’être touché par les descriptions du poète.
L’abstraction permet au peintre-lecteur de transmettre sa perception d’« Aurélia » au spectateur du tableau « La nuit d’Aurélia ». Là, il maîtrise parfaitement l’art de reproduire le flou des formes et des couleurs. L’hallucination-folie envahit tout le tableau, on perçoit des formes humaines en premier plan « Les contours de leurs figures variaient comme la flamme d’une lampe, et à tout moment quelque chose de l’une passait dans l’autre ; le sourire, la voix, la teinte des cheveux, la taille, les gestes familiers, s’échangeaient comme si elles eussent vécu de la même vie, et chacune était ainsi un composé de toutes. » (Aurélia, Coll. Le livre de poche, p.27). En arrière-plan, une étoile géante – Aurélia métamorphosée ? – aux bras protecteurs. Un ciel nuit-noire.

Où sont mes amis morts ?
Où sont mes amis morts ?
Huile sur isorel, 61 cm x 38 cm
Paris,

Où sont mes amis morts ?

Foule de visages ensanglantés des camarades morts, cauchemar récurrent du peintre qui revit sans cesse ses combats. Surtout ne pas oublier !

Mater Dei
Mater Dei
Huile sur toile, 73 cm x 60 cm
Paris,

Mater Dei

La peinture est sereine, humaine, profondément douce et triste. Le bleu prédomine dans l’arrière plan. Le blanc joue un rôle fondamental et peu habituel pour Montlaur, il adoucit les traits de la vierge, et, avec le noir, apporte du volume au portrait. Le rouge est rare - sauf les lèvres, étonnement .

Montlaur écrit : « J’ai compris que pour moi (la peinture) était plus “allusive” qu’aucun autre mode d’expression. La musique et le verbe (dit ou écrit) le sont évidemment autant pour d’autres. La différence en ce qui concerne la peinture est qu’elle me concerne directement. J’eus la révélation que je pouvais exprimer le mystère , mon mystère, par la peinture, ma peinture » (Petits écrits de nuit, 1961).

L'ombre d'Anchise
L'ombre d'Anchise
Huile sur isorel, 61 cm x 38 cm
Dinard,

L'ombre d'Anchise

Énée accompagnée de la sibylle de Cumes descend aux enfers pour ramener son père Anchise. Ce dernier lui présente ses descendants : Romulus et Remus, Pompée, César et Auguste . Il refuse de remonter au monde des vivants. (Enéide, livre VI).

My castle at Dusk - (Mon château au crépuscule)
My castle at Dusk - (Mon château au crépuscule)
Huile sur isorel, 33 cm x 55 cm
Dinard,

My castle at Dusk - (Mon château au crépuscule)

Le tableau fut peint l’été, en Bretagne. Les formes et couleurs sont apaisées mais témoignent néanmoins de la mélancolie du paysage crépusculaire marin.

La promesse des fleurs
La promesse des fleurs
Huile sur toile, 73 cm x 92 cm
Paris,

La promesse des fleurs

Le peintre reprend les mots de Malherbe dans la « Prière pour le Roy Henry le Grand » où le poète célèbre la paix enfin ramenée au pays par le roi Henri IV. Les couleurs restent violentes, les formes noires sont menaçantes, comme des souvenirs douloureux qui ne s’effacent pas.

Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années
Qui pour les plus heureux n’ont produit que des pleurs.
Toute sorte de biens comblera nos familles,
La moisson de nos champs lassera les faucilles,
Et les fruits passeront la promesse des fleurs.
La fin de tant d’ennuis dont nous fûmes la proie
Nous ravira les sens de merveille et de joie ;

(François de Malherbe, 1605)

Gnose
Gnose
Huile sur toile, 92 cm × 60 cm
Paris,

Gnose

Gnose γνῶσις, (connaissance). Selon cette approche philosophique, le salut de l’âme n’est possible que par la connaissance de la divinité, et par là, de la connaissance de soi-même. Montlaur avait certainement en tête les « Gnossiennes » d’Erik Satie qu’il lui arrivait d’écouter lorsqu’il peignait. Il avait une grande admiration pour l’œuvre de Satie, l’ami d’Apollinaire. « Gnose » - la peinture - a été réalisée en deux fois, commencée en 1960, terminée en 1974. On reconnait bien le geste très dynamique de ses années 1960, la finition, elle, apporte une richesse chromatique que l’on retrouve dans toutes ses peintures des dernières années. Pour Montlaur, la connaissance du plus profond de soi, n’a été rendue possible, ironiquement, que par l’éclatement de sa boîte crânienne; la gnose est devenue autopsie. On aperçoit le contour blanc de la tête et du cou et l’éclat d’obus, carré, noir, qui pénétra dans la cavité oculaire du commando Montlaur le matin du 1er novembre 1944 (lors du débarquement allié de Flessingue en Hollande) et le fit souffrir toute sa vie.

Ecoutez les « Gnossiennes »

Souvenir d'un meurtre
Souvenir d'un meurtre
Huile sur papier sur bois, 31 cm x 21.5 cm
Dinard,

Souvenir d'un meurtre

De quel meurtre s’agit-il ? On ne sait pas. On voit la croix bien sûr, le brun de la terre, de la boue, le vert de la décomposition, le rouge du sang. Le peintre décrit l’horreur d’un souvenir, de guerre certainement.

L'espoir a fui
L'espoir a fui
Huile sur toile, 92.5 cm x 60 cm
Paris,

L'espoir a fui

Le peintre cite Verlaine qui, dans son Colloque Sentimental, se rappelle son amour passé.
Dans le tableau, les formes sont froides et sanglantes, elles transpercent le ciel noir.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?

- Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C’est possible.

- Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
- L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

(Paul Verlaine, Colloque sentimental)

On a brûlé les ruches blanches
On a brûlé les ruches blanches
Huile sur toile, 61 cm x 38 cm
Paris,

On a brûlé les ruches blanches

Depuis qu’il peint, Montlaur a toujours trouvé son inspiration dans l’œuvre de Guillaume Apollinaire, le poète le plus proche de lui au sens figuré, mais aussi physiquement : il garda le livre « Alcools » sur lui pendant toute la guerre, et en particulier lorsqu’il débarqua sur les plages normandes le 6 juin 1944.

L’hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers
Les oiseaux chantent sur les branches
Le printemps clair l’avril léger

Mort d’immortels argyraspides
La neige aux boucliers d’argent
Fuit les dendrophores livides
Du printemps cher aux pauvres gens
Qui resourient les yeux humides

Et moi j’ai le cœur aussi gros
Qu’un cul de dame damascène
Ô mon amour je t’aimais trop
Et maintenant j’ai trop de peine
Les sept épées hors du fourreau

Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claires douleurs
Sont dans mon cœur et la folie
Veut raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j’oublie

(Alcools, Voie lactée - 1)

Portrait par lui-même d'un peintre aveugle
Portrait par lui-même d'un peintre aveugle
Huile sur toile, 61 cm x 38 cm
Paris,

Portrait par lui-même d'un peintre aveugle

Montlaur, tout en autodérision, continue d’expérimenter sa technique des couleurs. Il utilisera les glacis sur toutes ses œuvres futures. Le fond noir, celui de ses nuits et de ses souvenirs, restera omniprésent.

Ascendance à la nuit
Ascendance à la nuit
Huile sur toile, 81 cm x 54 cm
Paris,

Ascendance à la nuit

En 1959 le peintre aborde sa période lyrique. Les formes sont dynamiques, les couleurs contrastées sont violentes, chargées de souvenirs douloureux.

In limine
In limine
Huile sur toile, 161 cm x 113 cm
Paris,

In limine

Le peintre maîtrise techniquement les couleurs dont il expérimente les juxtapositions. Les formes sont vivantes… animales ? Violentes.

Ciel strié d'oiseaux
Ciel strié d'oiseaux
Gouache, 31.5 cm x 41.5 cm
Île de Ré,

Ciel strié d'oiseaux

Période expressionniste.

Les oiseaux, tels des Stukas sont noirs et menaçants , ils ont envahi le ciel qui explose de couleurs fulgurantes. Les cauchemars ne quittent plus les nuits du peintre.

Divertissement pour la nuit de Janvier
Divertissement pour la nuit de Janvier
Huile sur toile, 61 cm x 46 cm
Fontainebleau,

Divertissement pour la nuit de Janvier

Montlaur fait à nouveau référence à la fin tragique de Nerval, son suicide Rue de la Vieille Lanterne à Paris, la nuit du 25 au 26 janvier 1855. C’était quelques jours après la publication de la première partie d’Aurélia où il relatait ses rêves prémonitoires.

Le peintre est en pleine période “Fontainebleau” : il utilise presqu’exclusivement le couteau à palette et joue sur les superpositions des couches de couleurs différentes en grattant celles-ci. Les formes de couleurs vives semblent emprisonnées dans un monde noir d’encre.

Le rêve de Nerval
Le rêve de Nerval
Huile sur toile, 60cm x 72 cm
Fontainebleau,

Le rêve de Nerval

Montlaur fait références aux rêves hallucinatoires décrits par Gérard de Nerval dans Aurélia. Ces rêves, à la limite de l’imaginé et du réel, et leur publication précédèrent de peu la mort par suicide du poète.

Le peintre se libère enfin de la forme, de la géométrie. Il troque le pinceau pour le couteau à palette, il détruit les contours. Son imagination peut maintenant exprimer sans entraves le rêve, trop souvent cauchemar, et la réalité.

La gloire du matin
La gloire du matin
Huile sur toile, 50 cm x 61 cm
Fontainebleau,

La gloire du matin

Période « Fontainebleau ».

Le peintre se remémore 17 ans plus tard les hauts fourneaux de Forbach qu’il a vus en 1938 lorsqu’il faisait son service militaire au 18e de chasseurs à Saint-Avold en 1938.

Clockwork
Clockwork
Huile sur toile, 146 cm x 114 cm
Fontainebleau,

Clockwork

En 1953, Montlaur s’installe à Fontainebleau, plus près de ses amis peintres parisiens Atlan, Chapoval, Soulages, Poliakoff. Sa peinture perd de sa simplicité géométrique, les couleurs explosent et les contrastes s’accentuent.

Le maître de Moulins
Le maître de Moulins
Huile sur toile, 73.5 cm x 92 cm
Nice,

Le maître de Moulins

Montlaur poursuit sa recherche de la peinture parfaite en associant les formes et les couleurs et en suivant les principes de son ami, le peintre Gino Severini : « les couleurs sont déterminées de manière quasi mathématique et découlent rigoureusement des formes » (Du cubisme au classisisme, 1921). Ici, le peintre s’est inspiré du triptyque de la cathédrale de Moulins où la vierge et l’enfant sont englobés dans une mandorle, soleil nébuleux rayonnant dans le bleu du ciel.

Étude Machine à remonter le temps
Étude Machine à remonter le temps
Gouache, 24 cm x 31.5 cm
Nice,

Étude Machine à remonter le temps

À Nice, devant la Baie des Anges, en 1952, Montlaur a apuré son style. Les formes sont devenues géométriques, les couleurs sont équilibrées.

Paysage n° 2
Paysage n° 2
Huile sur toile, 65 cm x 100 cm
Nice,

Paysage n° 2

En 1950 Montlaur a abandonné le cubisme de ses années américaines. Sa peinture est abstraite et l’on sent l’influence de son ami et mentor Gino Severini. Les formes sont dynamiques et les couleurs vives, tel le vert de ce paysage.

Alcools
Alcools
Huile sur toile sur carton, 49 cm x 68 cm
Waccabuc, NY, USA,

Alcools

Le tableau est dédié à l’œuvre éponyme de Guillaume Apollinaire. Le livre accompagna Montlaur pendant toute la guerre et pris même l’eau sur la plage de Colleville-Montgomery (à l’époque Colleville-sur-Orne) au petit matin du 6 juin 1944. La peinture fut exposée en mars 1949 à la Galerie Lucienne-Léonce Rosenberg, à Paris.