Publié le 10/08/2026 par Michael — Divers
Aujourd’hui, 10 août 2026, cela fait 49 ans, au matin, j’étais avec lui à l’hôpital de Garches et je me demandais combien durerait l’agonie.
C’est le dernier mot de lui dont je me souviens.
Aujourd’hui je dois écrire un texte sur cette peinture qui ne plaira qu’à ceux qui la connaîtront déjà. Déjà, ça fait longtemps que je les connais toutes sans les connaître. C’est comme si je connaissais l’infini, ou rien.
Et le soir, car dans l’attente il faut bien continuer comme si… Le soir je festoyais avec de bons amis quand la nouvelle me surprit. Je le connaissais depuis déjà 25 ans et sa peinture me plaisait, déjà.
Bon voilà, mon texte est fait.
Déjà ?
Et il me plait.
C’est déjà ça.
Publié le 06/08/2026 par Dauphine — Divers
Autoportrait sans indulgence, 1969 « Pauvre imbécile qui es vraiment pauvre et complètement imbécile. J’ai bien le droit de te plaindre puisque tu n’as fait que surgir de la profondeur d’un miroir. Si tu avais une vie de chair et de sang, comme moi, j’aurais peur de te parler. J’ai quand même peur de toi qui me regardes avec un air que je connais. Tu n’es fait que d’un peu d’huile et de pigments colorés : pourquoi fais-tu semblant de ne pas me regarder ? J’ai trop « dialogué » avec toi : tu sais bien que je ne suis pas à la hauteur de ta mystérieuse existence. Démiurge… tu sais trop bien que je ne le suis pas. Tu m’as fait – les rôles sont inversés – je ne saurai jamais identifier ta figure, ou la mienne, ou celle de notre Dieu. Ce n’est pas par anthropomorphisme que je te donne la parole : tu sais trop bien que je ne peux rien te donner. Mais toi ? mon ami à qui j’ai fait mal, sauras-tu un jour me regarder, m’aimer ? Tu sais trop bien que j’ai besoin de ton amour – mon vieil ami. Cesse de faire semblant de ne pas me voir. Tu me connais par cœur et je t’ennuie. Tu ne peux pas me regarder puisque je t’ai peint avec un regard d’« ailleurs ». Crois-tu que nos deux regards puissent un jour se croiser « ailleurs » : là dont tu sors – là où je vais ? Si nous étions vraiment des amis ? Maintenant tu as une vie indépendante de la mienne. Alors, essaye…sois gentil et ne te casse pas la gueule comme le pauvre peintre qui a commis l’erreur de te donner une vie sur du papier. » Guy de Montlaur, « A propos d’un autoportrait peint le 28/1/69 »\
Cette dernière invective du peintre envers son double fait « d’huile et de pigments colorés » prend une dimension encore plus remarquable aujourd’hui, plus de cinquante ans plus tard. Ce dernier a en effet voyagé à travers des régions du monde dans lesquelles son créateur ne s’était jamais rendu. Poursuivant désormais sa propre route, ce visage intrigue un public toujours plus nombreux qui imagine ce qu’il tente de nous dire.
Publié le 19/07/2026 par Roger Glachant — Divers
La couleur de la douleur
Un artiste peut exprimer la douleur physique ou morale par le dessin de formes ou attitudes pathétiques. Voyez les Pieta et descentes de croix de l’art religieux occidental. Mais dans les œuvres du peintre de qui on va parler, elle s’exprime par la couleur même.
Guy de Villardi de Montlaur était second maître dans les commandos de marine français qui participèrent avec l’armée anglaise au débarquement de Normandie en 1944. Dès la plage, il reçut dans la figure un projectile qui n’arrêta pas son élan, puisqu’il devait remplacer successivement ses chefs jusqu’au capitaine. Mais la blessure allait déterminer une infection interminable des os de la face. Tout le monde sait ce qu’est une rage de dents. Durant les 33 ans qui suivirent, il souffrit d’une sorte de rage de dents, qui montait capricieusement mais chaque jour au registre aigu. Néanmoins il s’employa à peindre. Il devait mourir en 1977. D’autres auraient pu, tout ce temps-là, songer à se dorloter par compensation, autant qu’ils en gardaient la latitude. Mais lui non. Il essaya de dominer la douleur par la surexcitation de sortir ce qui était en lui.
Cela implique un certain mérite. Car en principe, pour peindre, il est recommandé d’avoir la paix ou, du moins la tranquillité. Et cependant beaucoup, parmi les plus forts, n’ont pas eu ces avantages, tel Van Gogh qui n’a cessé de lutter contre l’angoisse métaphysique, d’abord, puis contre la débandade psychique.
La vie actuelle prodigue les occasions de croire que notre époque est une des nombreuses manifestations du phénomène nommé décadence, qui se constate périodiquement au long de l’Histoire. Les cas de surpassement permettent alors aux personnes bien intentionnées mais banales de croire à un avenir. Quand on a connaissance de l’un d’entre eux, il faut le dire.
Guy de Montlaur, que je n’ai rencontré qu’une fois, peu avant sa mort, m’est apparu comme un homme de taille moyenne, aux cheveux courts et gris. La physionomie était froide, mécontente même. Cela se passait au cours d’une de ces cérémonies parisiennes qu’on appelle “signature de livres”. Il semblait avoir hâte de s’en aller, ce qui se conçoit, et sans cesse portait le poids de son corps d’une hanche sur l’autre.
La peinture est une possession de la vie qui s’effectue, en somme, par la prise de conscience d’un reflet de l’extérieur sur l’intérieur de soi. La qualité d’attention employée à cette prise de conscience fait la valeur d’une peinture, qu’elle soit figurative ou le contraire, et au total il n’y a pas d’autre critère.
Dans l’œuvre évoquée ici, le dessin se consacre à déterminer l’emplacement de tons et leur étendue, les uns par rapport aux autres, en vue d’une harmonie d’ensemble et il se désintéresse des volumes. Rien n’est resté à notre peintre de ses incursions juvéniles dans le cubisme et le surréalisme. Avant la guerre il avait été à l’Académie Julian élève de Souverbie, de qui la production savante et déliée n’a aucun rapport avec celle qui devait être la sienne, laquelle est violente et poignante. Plus tard, il se lia avec Jean Atlan (1913-1960), ex-philosophe et qui trouva, comme on le sait, sa vérité dans la peinture abstraite.
La partie de bras de fer engagée avec la douleur ne pouvait, semble-t-il, que faire de Montlaur naturellement un peintre abstrait. L’art abstrait s’est imposé plus ou moins artificiellement dans tout l’Occident et rarement il a montré ce naturel et cette intensité. Par les tons choisis et par leur dosage, ces peintures-ci font un chant terrible où le sang et la mort se mêlent à de sourds affleurements de bonheurs. Elles ne sont que trop lisibles.
Montlaur a laissé quelque 600 toiles. Cet ensemble est pratiquement ignoré. Trente-trois d’entre elles sont restées dans un vieil hôtel d’Avignon, qui fait maintenant partie du Musée Calvet. D’autres sont dans une propriété de Normandie. L’une des plus figuratives lui a été inspirée par une radiographie de sa propre face. Sur cette cruelle effigie il a posé des tons, qui sont comme le cri coloré de la douleur dont il avait l’habitude. Cet autoportrait peut cependant se définir comme une peinture abstraite, la radio servant surtout de mise en place, et aucune n’a jamais été plus dramatique.
Autrefois Emile Bernard et Gauguin, avec plus de solennité que de sérieux avaient postulé que les couleurs ont une capacité de symbole. Ainsi l’orange servirait à exprimer la passion, le bleu la tristesse etc… C’était un peu rejoindre Rimbaud et son sonnet sur les voyelles. Le pauvre Vincent lui-même avait cru devoir emboîter le pas. Ô systèmes ! Ayant pris pour sujet deux amoureux dans la campagne, il va, écrit-il à Théo, les peindre respectivement en vert et en rouge, étant donné que ces deux couleurs sont complémentaires comme leurs sentiments !
L’idée n’était cependant pas intégralement bête. C’est qu’en vérité la couleur est un grand mystère. Telle qu’elle est imposée au peintre à partir du fond de lui-même, ou telle qu’il va en cueillir des éléments parmi le monde extérieur, elle semble être de la substance même de l’être.
La souffrance et la tension pour réagir empêchaient Montlaur de se montrer sociable, bien qu’à part soi il le fût essentiellement, en raison de l’importance qu’il attribuait aux êtres et qui se voyait au cours des répits espacés qui lui étaient laissés.
Il était né en 1918 dans une de ces anciennes familles du Comtat Venaissin venues d’Italie à la suite des Papes. Mais sa mère était brésilienne. Il était croyant et enclin au mysticisme. Ces détails ne sont nullement indifférents. Il faudrait pouvoir dire, bien que ce ne soit pas toujours aisé, en quelles profondeurs les créateurs vont pêcher leurs mobiles. Nos contemporains ont été tellement malaxés et emmouflés par toutes les propagandes de l’ingratitude que la plupart ne sont plus à même de sentir la présence des ancêtres. Il est pourtant clair qu’ils ont joué leur rôle dans cette destinée. Le débarquement et l’œuvre qui a suivi y ont assuré l’humilité et l’orgueil de la gloire. Car en dépit de l’opinion la plus courante, la gloire ne consiste pas à être traité avec considération par un grand nombre de gens qui n’en méritent pas, ni à faire son numéro dans Paris en jouant les affranchis. Elle est, sans doute, dans le souvenir personnel de certaines actions accomplies avec ingénuité. Souvent celles-ci ont été payées par le corps. C’est ce que l’histoire des arts et lettres, sans parler de l’histoire militaire, montre bien.
Roger GLACHANT
Roger Glachant, né en 1905, était chartiste et historien archiviste paléographe. Conservateur en chef des archives du ministère des Affaires Etrangères. Il fut l’auteur d’un « Suffren » publié en 1976 et couronné par l’Académie Française
Publié le 15/05/2024 par Michael — Guerre
Le 19 novembre 1939
Ma chère Maman,
C’est mon portrait que je vous envoie aujourd’hui. Je ne sais ce que vous en penserez : pour ma part, je n’en suis pas mécontent. Et puis, c’est toujours mieux que rien, puisque je n’ai pas de photographie à vous donner. Évidemment, vous n’êtes pas habituée à mes moustaches et à ma coupe de cheveux un peu étrange : enfin, vous me reconnaîtrez peut-être.
Je n’ai pas grand chose à vous raconter puisque, comme vous le voyez, je trouve le temps de dessiner. A part cela, dormir et manger sont mes principales occupations.
Voulez-vous m’envoyer, avec ce que je vous ai demandé avant-hier, deux paires de chaussettes de laine et un flacon de Boldine.
Je vous quitte à la hâte pour donner ma lettre au Vaguemestre, s’il n’est déjà parti.
Mille tendresses, ma chère Maman, je vous embrasse de tout cœur.
Guy

Cette lettre correspond au portrait de GdM présenté ici.
Il écrit à sa mère pour lui dire qu’il n’a pas grand chose à lui dire puisqu’il n’y a pas grand chose à faire à part peut-être dessiner et sûrement dormir et manger. Juste lui demander deux paires de chaussettes de laine (novembre dans la Sarre) et un flacon de Boldine…
Inutile pour lui de s’étendre sur les deux derniers mois et demi qu’il vient de passer depuis la déclaration de guerre avec les allemands. En (première) ligne et au corps à corps (francs). Il ne sait pas encore qu’il en a encore pour 5 ans, il n’a que 21 ans. Vous souvenez-vous de vos plus belles années, entre 20 et 25 ans ?
Pendant toutes ces années, les seules moments sublimes pour lui ont été les périodes de combat et les rares moments non moins sublimes où il était avec

Publié le 25/07/2023 par Michael — Guerre
Dans la matinée du 7 juin, les hommes s’enterrent davantage et aménagent les trous individuels qu’ils agrandissent. Ils creusent des couloirs reliant les trous, fabriquent des toits qui sont recouverts de touffes d’herbes arrachées dans les environs.
A 16 h 00 le même jour, 4 chars allemands, dont un Mark VI, arrivent de Bréville. Ils sont arrêtés par quelques Sherman au moment où ils vont rentrer dans Amfreville, l’un d’eux brûle, et les 3 autres (dont le Mark VI) font inverseur.