Tous les articles (Page 14 / 17)

18 juin, de Gaulle, Légion d'Honneur…

Juste parce que demain, c’est le 18 juin. Guy de Montlaur a reçu la légion d’honneur à 27 ans…

Lire la suite

7 et 8 juin

[caption id=”attachment_381” align=”aligncenter” width=”300” caption=”Destruction de la ville - janvier 1955”][/caption]

Dans la matinée du 7 juin, les hommes s’enterrent davantage et aménagent les trous individuels qu’ils agrandissent. Ils creusent des couloirs reliant les trous, fabriquent des toits qui sont recouverts de touffes d’herbes arrachées dans les environs.

A 16 h 00 le même jour, 4 chars allemands, dont un Mark VI, arrivent de Bréville. Ils sont arrêtés par quelques Sherman au moment où ils vont rentrer dans Amfréville, l’un d’eux brûle, et les 3 autres (dont le Mark VI) font inverseur.

Vers 23 h 00, le second maître qui commande la troupe 1 pousse une reconnaissance, accompagné d’un quartier-maître et de 2 matelots. Ils s’éloignent vers l’est, jusqu’à une distance d’un kilomètre, au lieudit Le Bas-de-Bréville. Aucun contact avec les allemands. Mais le lendemain matin (le 8), à 05 h 00, les mêmes veulent refaire le chemin parcouru quelques heures avant : or, à 200 mètres de leurs lignes, ils aperçoivent une forme allongée. Le second maître tire et casse la jambe gauche d’un caporal allemand. Ce dernier est amené au Plein, puis au quartier général de Lord Lovat, à Hauger. Le prisonnier interrogé dit appartenir à l’un des 2 bataillons portés de la 12è S.S. “Hitler Jugend” Division stationnée à l’est du Bas-de-Bréville. Il dit qu’on l’avait envoyé en reconnaissance avec deux autres soldats, en lui donnant l’ordre de rester en observation le plus près possible des lignes alliées, jusqu’à ce qu’un contingent de son bataillon vint le rejoindre. Il dit aussi qu’on l’avait prévenu que les “bérets verts” et les “bérets rouges” fusillaient leurs prisonniers.

Etant donné la nature du terrain (haies, pommiers… les foins n’avaient pas été faits, ni le blé moissonné), Lord Lovat avait donné l’ordre qu’on n’ouvrit le feu en aucun cas à plus de 50 mètres et qu’on fit en sorte de rester aussi camouflé que possible. La défense du Plein consistait en quatre Bren guns, 8 Tommy guns, un mortier de 2 inches et les 19 fusils de la troupe 1, ainsi que les deux vickers du n° 3.

A l’abri du parfait écran que constitue la haie en bordure est, on commence d’apercevoir, à la jumelle, des formes qui rampent dans les hautes herbes, à 200 mètres environ. Il est 09 h 00. Ce n’est qu’à 09 h 45 que l’ennemi atteint la portée de 50 mètres. Le signal est donné, toutes les armes de la position entrent simultanément en action. Le vacarme règne. Le mortier, qui tire long, ajoute à la confusion.

Il y avait peut-être eu une quarantaine de S.S. qui maintenant s’enfuient, s’egaillent parmi les haies. Il s’était agi d’une simple prise de contact entre les gens du Plein et leurs vis-à-vis : elle se soldait par une dizaine d’Allemands laissés sur le terrain.

Il n’y avait pas de pertes du côté franco-britannique.

[caption id=”attachment_396” align=”aligncenter” width=”300” caption=”Il faut être raisonnable mais pas trop - 18 février 1967”][/caption]

Lire la suite

6 juin, après-midi et soir

… Le passage du pont tournant sur le canal de l’Orne ne présente pas de difficulté du fait qu’il est pourvu d’un tablier de fer qui sert à la fois d’écran et de bouclier. Mais, franchir le deuxième pont n’est pas aisé. Les allemands viennent de placer un lance-flamme à quelques mètres de là, et les commandos retrouvent le canon chenillé qui avait causé des ennuis aux Français, non loin du “Casino”. Il y a aussi un dispositif de mitrailleuses lourdes et de mortiers au lieu-dit Le Hom, à 200 mètres dans le sud-est. Les pertes sont sensibles. Pour leur part, les Français, malgré l’écran de fumée que le Commandant Kieffer avait fait tendre, ont 2 blessés par lance-flamme et 3 par balles. A la sortie du pont, il y a encore 200 mètres à faire avant de pouvoir se mettre à couvert dans le petit bois de Longueville. Cette distance, elle aussi, se révèle meurtrière, les 2 kilomètres qui séparent le pont du carrefour des Ecardes, au nord-est de Bénouville, ont, comme les autres de ces 14,400 km parcourus en zig-zags, leur ration de morts et de blessés. Mais les Français ne subissent pas d’autres pertes cet après-midi-là.

Aux Ecardes, ils tournent sur leur droite et montent jusqu’au Plein. Le Plein n’est pas à proprement parler un village. C’est une petite agglomération autour d’une église, une importante ferme. un café, une dizaine de maisons. L’intérêt de cette position est qu’elle est légèrement surélevée par rapport aux prés et aux champs avoisinants. Quand on arrive au Plein, vers 20 h 00, le hameau a déjà été capturé par le n° 3 Commando. Les allemands qui tenaient ce point payèrent cher leur indécision. Ils étaient équipés seulement d’armes légères et avaient pour tout moyen de transport des charrettes tirées par des chevaux. Au moment de l’attaque, une mitrailleuse “K gun” montée sur jeep les prit à l’improviste et fit un véritable carnage de la petite troupe. Cette dernière s’était assez bêtement rassemblée derrière l’église avec chevaux, charrettes et bagages, dans l’intention bien évidente de se replier en direction du nord (Sallenelles, dont ils ignoraient qu’il était occupé par le 45ème Royal Marine). Le spectacle des hommes et des chevaux morts, serrés les uns contre les autres, avait quelque chose d’assez ahurissant.

[caption id=”attachment_356” align=”aligncenter” width=”188” caption=”La porte de l'enfer - juillet 1962”][/caption]

Les français devaient tenir le Plein jusqu’au 11 juin.

Durant l’après-midi du débarquement, une étrange partie de cache-cache s’était jouée. En effet, la 21ème Panzer division, avec ses 146 chars et ses 51 canons chenillés, avait fait mouvement d’est en ouest, à l’intérieur des terres.

Elle avait engagé le feu avec quelques unités de parachutistes à l’est de l’Orne, dans la matinée - mais dans l’après-midi, elle se dirigeait vers Caen où elle traversait l’Orne… et remontait vers Ouistreham - Riva-Bella. Fut-elle restée à l’est de l’Orne, elle pouvait aisément anéantir la 6ème division aéroportée qui ne possédait pas les moyens de lutter contre elle. La Division britannique n’avait d’ailleurs pour toute liaison avec la tête de pont que les deux ponts de Bénouville qui, le 6 juin après-midi, auraient pu facilement être détruits.

[caption id=”attachment_364” align=”aligncenter” width=”300” caption=”Carte de la région en 2010”][/caption]

Mais il en va différemment, et les troupes 1 et 8, la section de mitrailleuses prennent position au Plein. La troupe 1, dans le pré situé exactement à l’est de l’église. La section K guns, à 100 mètres sur la droite, légèrement en contrebas. La troupe 8, plus à droite encore, à l’orée d’un petit bois en direction de Bréville. Le lieutenant de vaisseau Kieffer installe son P.C. dans la ferme du Plein. La troupe 1 qui, comme on l’a vu, a subi des pertes, est renforcée par deux mitrailleuses Vickers-Armstrong qui sont placées sous le commandement d’un lieutenant du 3ème Commando.

Chacun se débarrasse de son ruck-sack. Il faut maintenant s’enterrer : cette opération dure tard dans la nuit. Il n’est pas question de se nourrir, car il n’avait été prévu comme nourriture pour cette journée que quelques tablettes de chocolat. Il faudra attendre 10 h 00 le 7 juin, pour toucher les premières caisses de rations. Le précédent repas avait été pris le 5 juin, au camp, à 11 h 00.

Mais, avant la tombée de la nuit, une dernière vague de planeurs avait passé sur un ciel orange. Cette vision avait réconforté tout le monde. Au cours de la nuit, plusieurs avions allemands survolèrent les positions, individuellement, et lâchèrent leur chargement de bombes. Ils ne firent que quelques blessés légers.

Lire la suite

…6 juin (suite)

… La troupe 1 a été la plus éprouvée. L’enseigne de vaisseau Guy Vourc’h qui la commandait a été touché sur la plage ainsi que les deux chefs de section (officier des équipages Pinelli, maître principal Faure). Elle a eu, au traverser de la plage, 5 tués et 23 blessés graves. Le second maître de Montlaur, qui était le plus ancien des officiers mariniers, prend le commandement de cette troupe. La troupe 8 aura dans la matinée 1 tué et 17 blessés ; parmi ces derniers, le lieutenant de vaisseau Kieffer qui, malgré un large éclat de mortier à la cuisse, participera à l’action.

GdM 6 juin 1969 (2)

Après une sorte de reclassement du personnel valide, la troupe 1 se met en route, saluée au passage par le colonel Dawson qui lui crie : “Allez-y ! Nous comptons sur vous”. Il a été blessé par balle à l’épaule gauche et par éclat à la tête. Chacun se dirige vers son objectif. L’ancien casino, tapis dans le sable, attend la troupe 1. (…) Cette troupe emprunte la route qui longe le littoral, vers l’est, en suivant les rails de l’ancien tramway. Il n’y a pas d’autre solution sur une trentaine de mètres : ce qui est fâcheux, car le feu allemand l’accompagne dans la même direction. Elle perd deux hommes. Obliquant à gauche, elle franchit la grille d’une petite propriété et progresse à couvert pendant 300 mètres environ, mais le tir l’a suivie et ce château minuscule à toit pointu se trouve singulièrement écorné. Le bosquet qui la couvre à la vue est devenu cible. (…)

GdM 6 juin 1969 (3)

[caption id=”attachment_339” align=”aligncenter” width=”246” caption=”Il dort - 20 juin 1969”][/caption]

GdM 6 juin 1969 (4)

Les pertes françaises sont de 66 hommes dont 10 tués.

… Les troupes françaises prennent contact avec le peu de population que compte Riva-Bella : les gens sortent finalement des abris où ils ont passé la nuit. Parmi eux on trouve quelques romanichels qui, extraits de Dieu sait quels camps, ont été employés par les Allemands pour construire  le “Mur de l’Atlantique”. Comme les Normands, ils paraissent étonnés que ceux qu’ils pensent être des soldats britanniques soient français.

On prend un repos d’une demi-heure, au cours duquel de nouvelles munitions sont distribuées.

Vers 13 heures, les Français qui cette fois ferment la marche, s’engagent sur la route de Colleville. Ils suivent un itinéraire déjà emprunté dans la matinée par le n° 6 commando : Colleville, Saint Aubin d’Arqunay (qui avait été plus particulièrement dur à emporter), Bénouville où ce commando avait fait la liaison avec les hommes du 9ème bataillon de parachutistes. L’arrivée de Lord Lovat, accompagné de son “piper” personnel, les excuses qu’il présenta  au Major Howard pour son retard (de quelques minutes) sur l’horaire prévu furent, parait-il, un spectacle émouvant. Les deux ponts qui traversent le canal, l’Orne et une bretelle qui les joint avaient été capturés pendant la nuit. Les postes de garde et les sentinelles avaient été mis hors de combat avant qu’ils aient eu le temps de faire sauter les ponts. C’est en souvenir de cette action que le pont tournant sur le canal s’appelle aujourd’hui “Pegasus Bridge”, puisque Pégase est l’emblème des troupes aéroportées britanniques qui avaient cette nuit-là rendu à leurs camarades un insigne service. Il avait été prévu, en effet, qu’il ne serait peut-être pas possible d’empêcher cette destruction et qu’on aurait à franchir l’eau sur des canots pneumatiques et sur des “goatley boats”.

Les enregistrements audio sont extraits du témoignage de Guy de Montlaur le 6 juin 1969 sur Europe 1 à l’occasion du 25ème anniversaire du débarquement.

Lire la suite

6 juin…

… La traversée vers la France commence avec la nuit qui tombe lentement. On n’a pas vu un seul avion de la Luftwaffe. Chacun s’installe à sa convenance : les uns dans les deux cales, d’autres s’enveloppent dans des couvertures et dorment paisiblement jusqu’au lever du jour. Le vent souffle force 5.

Le jour se lève tout embrumé. A bâbord, on peut voir un contre-torpilleur couler. Son arrière s’élève, solennel comme un menhir, noir sur la mer grise. Une partie de l’équipage barbote alentour. Les deux LCI moteurs en panne, se dandinent maintenant, à peut-être 6 nautiques du littoral. La France n’est pour les passagers qu’une mince bande de sable ocre-jaune. Il y a une houle de fond. On se remet en marche à 06 h 45. Le débarquement aura lieu à 07 h 20.

[caption id=”attachment_270” align=”aligncenter” width=”234” caption=”Pegasus before landing - janvier 1956”][/caption]

Maintenant, c’est un large ruban de terre et des maisons qui s’offrent aux yeux des fusiliers marins. La défense côtière les a pris à partie, et de petites lumières rouges et oranges s’allument devant eux, comme les plots d’un immense billard électrique. Le bruit est assourdissant. Les premières gerbes jaillissent autour des bâtiments. L’ordre est donné que tout le monde descende dans les cales pour s’équiper.

La défense côtière était constituée principalement par des canons de 88 millimètres, d’anciens 77 millimètres, des pièces de 50 et de 47 millimètres, des canons antiaériens, des mortiers de 80 et des mitrailleuses lourdes Maxim. La plage était aussi balayée par le feu ennemi de Merville (à 5400 m à l’est) qui couvrait les plages jusqu’à Lion-sur-Mer. Outre le redoute de Merville, la plus forte opposition provenait de l’ancien casino de Riva-Bella (rasé et remplacé par un blockhaus), lui-même couvert par la batterie du Château-d’Eau.

Au moment de se mettre à l’eau, il n’y a chez les Français que des blessés légers. Le pire a été évité puisque ni l’un ni l’autre des deux LCI n’a été coulé. Les passerelles ayant été arrachées par le tir des blockhaus, on saute à la mer. Malgré le poids des armes et des munitions, la “Mae West” et le “Ruck Sack” (qui recèle, pour quelques minutes, un peu d’air) aident à maintenir la tête hors de l’eau.

Il n’y a du reste pas plus de cinquante mètres à nager avant d’avoir pied.

Le débarquement a lieu à marée basse. Les allemands avaient fait ficher dans le sable des troncs d’arbres en haut desquels (à deux mètres du sol), on peut voir les “Tellerminen” destinées à faire sauter les péniches de débarquement.

Avant les commandos, le 2ème bataillon du East Yorkshire Regiment a été débarqué afin de faire exploser les mines anti-personnel et de fixer le feu ennemi, une fois la plage traversée. A l’heure où les français touchent terre, le East Yorkshire a déjà perdu 75 % de son effectif. Un char Sherman DD, qui l’avait appuyé de son tir, légèrement à droite des assaillants, brûle ainsi qu’un “Flailer Tank”.

[caption id=”attachment_284” align=”aligncenter” width=”244” caption=”Droit au coeur - juin 1955”][/caption]

Ceux des commandos qui traversent les 150 mètres que fait la plage en largeur, au pas de course, arrivent en général à atteindre l’angle mort où se trouve pour le moment la route du littoral. Ceux qui, au contraire cherchent à esquiver le tir ennemi en se jetant à terre sont tués ou blessés.

114 des 180 commandos français atteindront le lieu de ralliement. C’est une ancienne colonie de vacances, plus qu’à moitié démolie. Pourtant, avant d’y parvenir, il avait fallu traverser un champ de mines, encore clos de barbelés que surmontait la pancarte à tête de mort et tibias “Achtung Minen”. C’est le second maître Guy Hattu qui s’était chargé de cisailler les barbelés.

A l’abri relatif des murs en ruines, on décapelle les “ruck sacks”, dont on retire les charges d’explosifs. On nettoie comme on peut les armes enduites de sable et de sel. C’est la chemise qui fait office de chiffon.

GdM in “La participation de la Marine française aux débarquements de Normandie de Corse et de Provence” - 1969

Enregistrement de Guy de Montlaur le 6 juin1969 (1)

Lire la suite